Qualité des sols

Herbe sur le sol

Protéger nos sols, c’est protéger notre assiette !

On l’oublie trop souvent : tout ce que nous mangeons commence par un sol vivant. Avant d’être un légume, un grain de blé ou un morceau de viande, notre alimentation est d’abord le produit d’une terre, de sa structure, de sa biodiversité, de sa capacité à filtrer, à nourrir, à régénérer. Quand cette terre s’appauvrit ou se contamine, c’est toute la chaîne alimentaire qui en porte les conséquences, jusque dans nos organismes.

Un capital invisible et fragile

Un sol agricole met des siècles à se constituer. Quelques centimètres d’humus représentent des décennies, parfois des millénaires, d’activité biologique : vers de terre, champignons mycorhiziens, bactéries, matière organique décomposée. Cette vie souterraine est ce qui permet aux plantes d’absorber les nutriments dont elles ont besoin, et c’est aussi elle qui détermine la richesse nutritionnelle de ce qui arrive dans nos assiettes.

Or ce capital est mis à mal par l’érosion, le tassement des sols, la baisse de matière organique et, plus insidieusement, par l’accumulation de polluants qui s’y installent durablement.

Le cadmium, un exemple qui doit nous alerter

Parmi ces polluants, le cadmium mérite une attention particulière. C’est un métal lourd naturellement présent dans certains sols, mais dont la concentration s’accumule fortement avec l’apport de matières fertilisantes. Selon l’Anses, celles-ci représentent en moyenne plus de 80 % des apports de cadmium aux sols agricoles français, avec en tête les engrais minéraux phosphatés (55 %), suivis des effluents d’élevage (25 %) puis des boues et composts (5 %). Ces engrais sont fabriqués à partir de roches phosphatées importées, notamment d’Afrique du Nord, dont certaines présentent des teneurs en cadmium particulièrement élevées. Une fois épandu, ce cadmium ne disparaît pas : il s’accumule dans le sol année après année, car il se dégrade extrêmement lentement.

Les plantes l’absorbent ensuite par leurs racines : pain, céréales, légumes, pommes de terre et légumineuses figurent parmi les principaux contributeurs, et le cadmium se retrouve dans notre alimentation, qui constitue la voie d’exposition très largement dominante : jusqu’à 98 % de l’imprégnation chez les personnes non fumeuses. Ingéré durablement, même à faible dose, il s’accumule dans le corps humain, notamment dans les reins et les os, où il peut provoquer des atteintes chroniques ; il est classé cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction. Les enfants sont les plus exposés : d’après les données de biosurveillance nationale, environ 14 % d’entre eux dépassent les seuils sanitaires, une proportion qui grimpe jusqu’à 36 % chez les moins de 3 ans, en raison d’une alimentation rapportée à un poids corporel plus faible.

Face à ce constat, l’Anses recommande d’abaisser la teneur maximale en cadmium autorisée dans les engrais phosphatés à 20 mg par kg de P₂O₅, contre 90 mg actuellement tolérés en France et 60 mg au niveau européen. Elle appelle aussi à mieux encadrer les denrées importées, dont les teneurs en cadmium échappent parfois aux mêmes exigences. Ce constat pose une question simple mais essentielle : à quoi bon produire localement, avec exigence et savoir-faire, si des matières premières importées, parfois moins réglementées, viennent fragiliser durablement la qualité de nos sols et de notre nourriture ? C’est tout l’enjeu des clauses miroirs, qui visent à imposer aux produits importés les mêmes exigences sanitaires et environnementales que celles demandées à nos agriculteurs.

Une santé publique qui se joue dans les champs

La protection des sols n’est donc pas seulement une question agricole ou environnementale : c’est une question de santé publique. Un sol contaminé produit une nourriture contaminée. Un sol appauvri produit une nourriture appauvrie. Ce lien direct entre la terre et notre santé devrait être au cœur de nos politiques agricoles, de nos choix de consommation et de nos exigences envers les produits qui arrivent sur nos marchés, qu’ils soient produits ici ou importés.

Défendre nos sols, c’est défendre :

  • la sécurité sanitaire de notre alimentation, sur le long terme ;
  • la souveraineté alimentaire, en préservant notre capacité à produire une nourriture saine ;
  • le travail des agriculteurs, premiers gardiens de ce patrimoine commun qu’est la terre ;
  • l’équité, en refusant que des pratiques moins vertueuses ailleurs viennent fragiliser nos efforts ici !

Agir, ici et maintenant

Protéger les sols, c’est un engagement de long terme, qui demande de la cohérence : soutenir des pratiques agricoles respectueuses, encadrer strictement les intrants qui contiennent des métaux lourds, exiger la réciprocité des normes sur les produits importés, et redonner aux agriculteurs les moyens de préserver ce bien commun.

La terre ne ment pas : elle nous rend ce que nous lui donnons. À nous de faire les bons choix, aujourd’hui, pour que les générations futures héritent de sols vivants et d’une alimentation saine.

Sources : Anses (expertise sur la priorisation des leviers d’action contre l’exposition au cadmium, mars 2026 ; étude de l’alimentation totale EAT3), Santé publique France (étude de biosurveillance ESTEBAN), Réseau de mesure de la qualité des sols (RMQS) – GisSol/BRGM.

Pour en savoir plus :

https://www.anses.fr/fr/content/cadmium-reduire-exposition

https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/02/18/cadmium-huit-mois-apres-l-alerte-des-medecins-sur-la-bombe-sanitaire-la-france-n-a-toujours-pas-adapte-sa-reglementation_6667190_3244.html